
Parmi les lots phares figuraient des affiches signées pour Taxi Driver, Harry Potter ou encore The Great Gatsby. Pour quiconque s'intéresse au marché de l'affiche — qu'on l'aborde en collectionneur, en cinéphile ou en simple curieux — l'événement mérite qu'on s'y arrête, ne serait-ce que pour distinguer, en ce domaine, le document du talisman.
L'autographe comme viatique
J'observe depuis longtemps que la valeur d'une affiche de cinéma ne tient plus guère à l'objet lui-même, mais à la trace qu'une célébrité y a laissée. Jadis, le collectionneur exigeait la planche originale, le burin, l'odeur du papier vergé; il voulait comprendre la main qui avait conçu l'image. Nous en sommes loin. L'affiche de cinéma demeure, quoi qu'on en dise, un produit de reproduction industrielle — lithographie, offset, sérigraphie — dont la cote ne tient plus à la matrice mais au paraphe. Fascinant retournement empirique: le dogme de l'authenticité s'est déplacé de l'œuvre vers la signature, et l'on s'étonne à peine que le prix suive le même chemin.
Ce qu'un œil exercé devrait examiner
Pour qui envisage de se porter acquéreur — ou simplement de reconnaître une pièce déjà en sa possession — quelques réflexes s'imposent, que le catalogue de Setdart, dans son laconisme éditorial, n'épuise pas. La provenance, d'abord: qui a obtenu la dédicace, en quelle occasion, et documente-t-on cette rencontre? Une signature apposée lors d'un festival dûment attesté vaudra toujours davantage qu'un paraphe dont l'origine se perd dans l'anecdote. L'état de la feuille ensuite — plis, oxydation, restaurations maladroites — demeure le juge de paix traditionnel, que nulle dédicace ne saurait compenser. Enfin, l'on n'oubliera pas que les dédicaces contemporaines, tracées au marqueur sur papier couché, n'ont qu'un rapport lointain avec les dédicaces à la plume des premiers temps du cinématographe.
Le marché et son paradoxe
Il reste que ce type de vacation, en mêlant icônes populaires et raretés dûment authentifiées, brouille quelque peu la hiérarchie des valeurs. L'on voit voisiner une affiche de Taxi Driver de 1976 et une planche de Harry Potter — produit de consommation devenu, par le caprice du temps, objet de convoitise. J'y vois un symptôme typique de notre époque: le marché ne distingue plus guère entre l'œuvre et son fantôme, mais entre la trace de la célébrité et tout le reste. Chimère, certes. Mais chimère lucrative, à en juger par l'attention que ces vacations ne manquent jamais de susciter — et par l'inquiétante régularité avec laquelle elles dépassent leurs estimations.