
Selon le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC), celui-ci a réuni la Cinémathèque de Corse – Casa di Lume, la Cinémathèque française, la Cinémathèque Gnidzaz de Martigues, la Cinémathèque de Grenoble, la Cinémathèque de Toulouse et l'Institut Jean Vigo autour d'un portail web présenté comme « unique au monde » et consacré au patrimoine cinématographique. Accessible en ligne dès à présent, Garance — c'est son nom — prétendument offrir à quiconque la possibilité de découvrir et d'explorer l'histoire du cinéma. Pour qui s'intéresse aux affiches rares et aux images imprimées du septième art, l'initiative mérite qu'on s'y arrête, et qu'on en déchiffre les promesses avec la prudence d'usage.
Sept gardiens, un seul seuil
Jadis, le cinéma se documentait dans les sous-sols des cinémathèques — ces temples discrets où l'on pénétrait presque en pèlerin, muni d'une lettre de recommandation et d'une patience angélique. Garance prétend abolir ce parcours initiatique: un site unique rassemble désormais les ressources de sept institutions que tout, géographiquement et historiquement, séparait. La Corse, Martigues, Grenoble, Toulouse, Paris, Perpignan — j'en passe, et non des moindres — se rencontrent ici sur un écran, ce qui, avouons-le, n'est pas le moindre des prodiges pour des maisons dont les missions, au demeurant fort estimables, n'ont jamais brillé par leur propension à la fusion. L'opération aurait vocation à faciliter l'accès de tous au patrimoine; formule rituelle s'il en est, et qu'il faudra, j'imagine, jauger à l'aune des usages.
Ce que l'amateur d'affiches peut y glaner
Pour nous, marchands et amateurs d'images imprimées, la curiosité ne va pas sans quelque calcul. Les affiches de films — lithographies, sérigraphies, offset des grandes maisons comme des artisans obscurs — ont toujours vécu en marge des collections institutionnelles, tantôt négligées, tantôt absorbées dans des ensembles plus vastes dont elles ne ressortent que par hasard. Si Garance offre ne serait-ce qu'un index croisé des fonds conservés, l'amateur y gagnera ce qu'il a toujours cherché: un point de départ pour la traque. Le collectionneur, comme l'historien, sait que la première pièce d'un dossier est rarement la plus spectaculaire — mais c'est elle qui oriente toutes les suivantes.
Ce qu'il convient désormais d'observer
Trois questions, me semble-t-il, demeureront pendantes dans les mois qui viennent. D'abord, l'ampleur réelle des collections mises en ligne: les communiqués se comptent en partenariats, rarement en mètres linéaires. Ensuite, la qualité des reproductions — un portail du patrimoine qui se contenterait de vignettes pixelisées ferait sourire les connaisseurs. Enfin, et c'est peut-être le plus délicat, la politique d'accès aux œuvres: la Cinémathèque française, on le sait, n'a jamais eu la réputation d'ouvrir ses portes sans condition. J'observerai donc, sceptique et fervent à la fois, ce que ce singulier bouquet de sigles finira par produire — et si Garance, au-delà du nom charmant qu'on lui a trouvé, tiendra la promesse que son lancement suggère.