
L'affiche, cet art si résolument éphémère
Comme le signale IMP Awards, Netflix et les studios partenaires viennent de mettre en circulation les affiches officielles du film d'animation « Ray Gunn », projet longtemps attendu de Brad Bird, ainsi que des tirages spéciaux dédiés au long-métrage « Street Fighter ». Deux campagnes qui, paraît-il, enrichissent le catalogue des nouvelles campagnes d'affichage cinématographique de la rentrée. Voilà qui mérite, me semble-t-il, qu'on s'y attarde un instant — non par enthousiasme naïf, mais par ce mélange de curiosité et de scepticisme qui sied à toute observation vraiment sérieuse.
Une pièce de plus au musée des images promises à disparaître
Je confesse une fascination amusée pour ces objets que nos contemporains traitent avec la même ferveur que jadis les amateurs traitaient les frontispices anatomiques ou les planches de botanique: une image imprimée, destinée à tapisser les murs, puis à s'effacer, et que l'on s'empresse aujourd'hui d'archiver, de collectionner, parfois même de revendre. L'affiche promotionnelle, cette modeste servante du spectacle, n'a jamais été aussi précisément documentée — et jamais aussi promptement oubliée. Qu'on en juge: l'IMP Awards, avec la rigueur d'un bibliographe du XVIIIe siècle, recense chaque visuel selon une grille immuable — studio, date, format, image. De quoi satisfaire, et même rassasier, l'appétit méthodique du collectionneur.
Reste que la campagne contemporaine se déploie désormais, pour l'essentiel, en format numérique: le tirage physique devient l'exception, presque l'anomalie. Quand « Ray Gunn » ou « Street Fighter » reçoivent des visuels imprimés, il convient d'y voir, sinon un événement, du moins un signal — celui d'une marchandise visuelle qui s'assume comme objet matériel, à l'heure où tout le reste se dissout dans l'éther des écrans. Le paradoxe, pour le dire en passant, n'est qu'apparent: à mesure que l'image s'évanouit dans le flux, sa version imprimée gagne en densité nostalgique, en valeur d'archive. C'est là, précisément, que le collectionneur entre en scène.
Ce qu'il convient de surveiller
Pour qui s'intéresse aux Classiques & Raretés — et plus encore aux affiches appelées à devenir, par la grâce du temps, des pièces de collection —, deux points méritent qu'on garde l'œil ouvert. D'une part, l'éventuelle déclinaison des visuels officiels en tirages d'art limités, pratique désormais bien rodée qui transforme la promotion en édition semi-numismatique. D'autre part, la diffusion de variantes régionales: il fut une époque, pas si lointaine, où chaque marché recevait son affiche propre, subtilement différente, et où l'amateur attentif pouvait reconstituer la géographie visuelle d'un film. Cette diversité-là n'a pas tout à fait disparu; elle s'est seulement faite plus discrète, plus stratégique, plus dépendante du bon vouloir des distributeurs.
Pour le reste, je me garderai bien de toute prophétie. L'affiche, comme la planche anatomique, réserve toujours quelque surprise à qui prétend en avoir percé tous les secrets — et ces modestes messagères du grand spectacle n'ont pas fini de nous le rappeler.