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Festival des 3 Continents : décryptage de la nouvelle identité visuelle nantaise

D'après le titre que Ouest-France a consacré à l'affaire, le Festival des 3 Continents, à Nantes, vient de dévoiler une nouvelle affiche que la formulation journalistique résume en deux adjectifs…

Festival des 3 Continents : décryptage de la nouvelle identité visuelle nantaise

D'après le titre que Ouest-France a consacré à l'affaire, le Festival des 3 Continents, à Nantes, vient de dévoiler une nouvelle affiche que la formulation journalistique résume en deux adjectifs: énigmatique et féminine. L'information tient en peu de mots — une seule ligne de titre, aucun développement — mais, pour quiconque considère l'affiche de cinéma comme un objet à part entière et non comme un simple prospectus promotionnel, l'annonce n'a rien d'anodin: chaque renouvellement d'identité visuelle d'un festival ancien dessine, en filigrane, la pièce future qu'un collectionneur finira peut-être par épingler dans son couloir.

L'affiche en pointillé

Force est de reconnaître, avec l'humilité qu'impose la maigreur des éléments dont nous disposons, que le seul intitulé de Ouest-France ne renseigne guère au-delà de l'impression générale recherchée. Point de nom d'affichiste, point de millésime précis de l'édition, point d'indication sur la technique — sérigraphie, offset, impression numérique — ni, surtout, sur le tirage. Jadis, les affiches de festivals naissaient dans l'atelier du graphiste, sous la presse lithographique, et l'on savait d'emblée qui avait tenu la pierre. Aujourd'hui, la communication précédant souvent l'œuvre, le collectionneur navigue à vue: il faut attendre la publication du visuel en haute définition, et la confirmation officielle de l'identité de l'auteur, pour commencer à évaluer quoi que ce soit.

À dire vrai, le qualificatif « énigmatique » m'a toujours inspiré une défiance amusée. Dans les communiqués des institutions culturelles, il fonctionne comme un sésame universel — on le colle sur n'importe quelle création dont on hésite à dire le propos, et l'affaire est entendue. Il n'est pas exclu que l'affiche en question soit réellement remarquable; il est simplement impossible, sur la foi d'un seul intitulé journalistique, d'en juger.

Trois indices à guetter

Les affiches de festivals, fussent-elles confidentielles à l'origine, peuvent acquérir avec le temps une valeur que leurs créateurs n'auraient pas imaginée. C'est là, à tout le moins, la trajectoire observée pour nombre de pièces emblématiques du XXe siècle — et la prudence, en la matière, ne fut jamais un défaut. Pour l'amateur patient, la règle empirique reste valable: surveiller trois indices — la diffusion d'un visuel haute définition, l'identité publique du graphiste, et surtout les modalités de mise en vente d'un éventuel tirage grand public. Ce dernier point, négligé par la presse généraliste, demeure pourtant le seul qui permette réellement de distinguer l'affiche-objet de l'affiche-souvenir distribuée gratis au coin de la rue.

En l'état, et pour qui ne se repaît pas de titres à sensation, la meilleure posture consiste donc à attendre. Je reviendrai, n'en doutons point, lorsque la chair de l'affiche aura enfin rejoint l'ombre de son intitulé.