
Propstore: une rentrée d'automne à 1,5 million de dollars en affiches
Avant que l'imprimerie offset ne vienne gommer jusqu'au grain du papier, l'affiche de cinéma se gravait dans la pierre, s'imprimait en quelques centaines d'exemplaires, et finissait clouée — au sens propre — sur les murs lépreux des cinémas de quartier. Jadis, on la collait à même la façade, au mépris des intempéries; aujourd'hui, on l'enferme dans des coffrets climatisés pour la vendre aux enchères. La grande vente d'automne que Propstore organise du 9 au 11 octobre 2026 rassemble, selon le catalogue dévoilé par la maison, près de 1 000 affiches historiques estimées à quelque 1,5 million de dollars. Voilà qui mérite que l'on regarde d'un peu plus près ce qu'un tel événement dit, prétendument, du marché de l'image imprimée.
Ce que le catalogue révèle
La pièce annoncée comme la plus onéreuse est une affiche originale de Mickey's Pal Pluto datée de 1933, dont l'estimation haute atteint 80 000 dollars. Le reste du lot aligne des lithographies rares — Les Sept Samouraïs et Le Faucon maltais figurent parmi les titres cités —, c'est-à-dire le type même d'objet que les collectionneurs, naguère encore, pouvaient acquérir chez un brocanteur pour une somme dérisoire, avant que le marché ne décide que la rareté devait, elle aussi, se monétiser. Cette inflation des estimations n'a rien d'un caprice: elle procède d'une logique d'authentification désormais verrouillée par des maisons qui se sont arrogé le monopole de l'expertise, comme jadis les académies de peinture décidaient, au seul vu d'un coup de pinceau, du sort d'un artiste.
Ce qu'il convient de vérifier, et de faire
Pour qui envisage de participer — ou simplement de suivre la vente avec l'attention qu'elle mérite —, quelques réflexes s'imposent. Premièrement, ne jamais confondre une lithographie d'exploitation avec une affiche d'avant-première: la première, destinée aux salles, peut pulluler; la seconde, souvent unique ou tirée à très peu d'exemplaires, constitue l'objet réellement rare. Deuxièmement, exiger la traçabilité du condition report, c'est-à-dire l'historique de conservation de l'affiche depuis sa sortie de l'imprimerie: un pli de restauration mal documenté peut diviser une estimation par dix. Troisièmement, garder à l'esprit que le chiffre de 1,5 million de dollars est une estimation globale agrégée — et non une garantie de prix atteint. Les estimations, comme les diagnostics cliniques, ne sont que des probabilités habillées en certitudes.
Pour le reste, on notera que la maison Boischaut a, le 10 septembre 2026 à Paris, dispersé plus de 660 lots d'affiches de cinéma d'époque et de tirages dédicacés, preuve que le marché hexagonal ne se laisse pas distancer par les Anglo-Saxons. Le collectionneur avisé, en cette rentrée 2026, n'a donc guère le loisir de s'ennuyer.