
Comme le rapporte la maison Sotheby's, la vacation en ligne estivale consacrée aux affiches de cinéma d'époque — baptisée, avec cette modestie qui sied aux grandes maisons, « Original Film Posters » — a clos ses enchères le 10 septembre, après avoir ouvert ses feux digitaux le 27 août. Je me souviens, jadis, avoir compulsé dans quelque armoire poussiéreuse de cinémathèque des lithographies aux marges jaunies, fruits d'un art que l'on croyait mineur et que le commerce contemporain, fort de ses algorithmes, vient opportunément requalifier. Voilà donc que ces feuilles — naguère clouées sur les façades de nos cinémas de quartier — font aujourd'hui l'objet d'un ballet méthodique de marteaux, fût-il virtuel.
Le jour même, deux scènes
Ce 10 septembre n'était point chômé pour les marchands d'images. Selon les informations communiquées par Sotheby's, la vacation réunissait des tirages rares et des affiches lithographiques couvrant différentes décennies et plusieurs genres majeurs du septième art — formule prudente, en vérité, où l'on devine un catalogue ambitieux sans que les estimations détaillées ne fussent, à mon sens, livrées au public. Les collectionneurs, eux, n'ont cure de cette discrétion: ils enchérissent.
À l'Hôtel Drouot, comme le relate la Gazette Drouot, la Maison Delambre dispersait simultanément plus de 660 lots d'affiches originales et de collection — classiques français et internationaux confondus. On ne s'aventurera pas, faute d'éléments, à comparer les deux vacations. Qu'il suffise de noter que ce même jour voyait, à Paris, plus de six cents feuillets changer de mains: ce n'est point là, convenons-en, une simple anecdote, mais un fait de marché qu'il eût été inconvenant d'ignorer.
Au-delà des vacations: images et projections
L'intérêt pour l'affiche ne se limite pas, on s'en doute, à la seule adjudication. À Bar-le-Duc, signale Actu.fr, une exposition revisitait des affiches que la langue journalistique, sans grand risque, qualifierait de mythiques. À Thouars, le cinéma Le Kiosque propose, du 21 au 27 septembre, d'après Ouest-France, cinq séances consacrées à des films anciens. Deux versants d'une même dévotion: la conservation du support, et celle de l'œuvre qu'il annonçait jadis sur les murs.
Trois principes, sans naïveté aucune
À qui voudrait suivre ce sillage, je proposerais, en ma qualité d'observateur sceptique, quelques règles tirées non du dogme mais de l'usage.
D'abord, ne point confondre reproduction numérique et original lithographique: le grain d'un papier des années cinquante, les couleurs à peine passées, la décharge d'un imprimeur d'autrefois ne se laissent point imiter — prétendre le contraire relève de la chimère. Ensuite, suivre avec attention les vacations spécialisées; il en paraît plusieurs chaque saison, et chacune referme sa fenêtre d'opportunité. Enfin, rappeler — ce que les catalogues omettent prudemment — qu'une affiche, fût-elle rarissime, demeure la première page d'un récit: on l'achète aussi pour ce qu'elle promet, et non seulement pour ce qu'elle est.